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L'Écrivain et la Page Blanche

Il était une fois un écrivain. L’écrivain en question qui, comme à son habitude s’affalait sur son bureau pour écrire, passait un temps fou à combattre les silences, les pages blanches, les heures tournantes, l’ennui, et encore et surtout, le vide. Une fois le rituel terminé, l’écrivain, soulagé de sa peinture de mots sur toile blanche, allait se coucher avec le sentiment du devoir accompli et d’une existence pas complètement inutile. La journée lui crachait ses éclats lumineux à la figure et l’empêchait de penser, tandis que la nuit lui soufflait de sa pénombre lugubre toute l’inspiration dont il avait besoin. Une nuit, ce fut la page blanche qui s’invita chez l’écrivain. Surpris de ce curieux phénomène, l’écrivain décida d’ignorer une fois de plus cette page blanche et s’acharna comme à son habitude à aligner les mots - sans succès, cette fois-ci. La page persistait et persistait encore de sa robe blanche, ç’en était aliénant pour l’écrivain pour qui la certitude était insupportable....

L'asymétrie du miroir

C’est l’histoire de l’image d’une image d’une image, à l’intérieur même d’une image, elle-même coincée dans une image. Vous voyez le tableau où vous voulez que je vous fasse un dessin ? Le dessin lui-même ne suffirait à représenter avec exactitude ce que j’ai saisi ce jour-là. En voyant l’image de ce garçon incapable d’associer son reflet propre à son image, je fus moi-même saisie d’un tas d’images, dont celle-ci. Les images ne sont pas plates, elles se construisent avec des mots et ces mots eux-mêmes se complexifient dès lors qu’ils chantent. Des mots qui chantent ou qui se brodent, des mots qui s’intensifient à la lumière des sentiments, des actes qui deviennent vrais dès lors qu’ils sont mimés. En bref, ce jour-là, j’ai entraperçu une image dans une image. Ce garçon face au miroir osait à peine se regarder. Il chantait et n’avait tout bonnement pas conscience de comment il chantait, et surtout de comment il apparaissait lorsqu’il chantait. Face au miroir, il entrevoyait l’image d’u...

L'incontinence et la Patience

Deux étrangers au bout du monde,   L’un prisonnier de sa passion, L’autre prisonnier de sa rigueur, Deux thématiques opposables par leur formes, Mais qu’en est-il vraiment ? Se compléter pour s’entre-aider, S’entre-choquer pour se rencontrer, Prisonnier des affres de la passion, Prison dorée dans laquelle le non-sens prend tout sens, Prisonnier de souffrances et d’émois en tout genre, Prisonnier de la crainte et de l'inertie Prisonnier et minutieux, prisonnier d'une image, Prisonnier des affres de la passion, Prisonnier d’un cœur qui bat, Prisonniers du vide et du néant : Le passionné et le rigoureux communiquent sans le savoir... Un jour, le passionné lui dira qu’il a compris, Le rigoureux lui demandera alors s’il en est tout à fait sûr Le passionné lui demande si l’histoire s’arrêtera un jour, La rigueur lui dit que c’est ça qui est beau, c’est le début pour la fin, Le début pour la fin que forme l’ensemble et le contenu, Le fond enseveli de surfaces pas si opposables Le pass...

Théâtre Magistral

Dans un coin de l’amphi-théâtre, mon regard s’attarde sur le public qui m’environne. Mes camarades ont plus ou moins mon âge, et il me semble en un coup d’œil déjà me glisser dans quelques fantasmes à leur égard. Ce petit groupe devant moi possède le don de m’agacer au plus haut point, éveillant d’anciennes souffrances de primaire et de secondaire. Leurs voix résonnent haut et fort, ils rient, leur allure est insouciante, et ils ne semblent pas se soucier sincèrement du cours. Face à eux, je ressens cette brulure intérieure, celle du besoin, et celle du désir, enflammée en contraste à leur indifférence manifeste. Mais eux ne me voient pas, et moi, je suis tellement occupée à m’imaginer des choses à leur égard que j’en perds ma propre identité : c’est que j’oublierai presque pourquoi je suis installée dans cet amphithéâtre. Je me vois leur conférer des choses que j’imagine qu’ils ont, et que je n’ai pas. L’audace, l’absence de pudeur, la spontanéité, l’excentrisme, et tant de choses enc...

Les existentialistes connaissent des fins de moi difficiles.

 “Je suis enfermé à l’intérieur de moi-même et je n’ai pas les clés.” a dit l’homme à l’autre. C’est parti de là, je crois. Il y avait deux hommes sur le port ce soir-là. Je ne sais pas s’ils se connaissaient. On aurait dit une tragédie dont les contours ne sont pas encore pleinement formés… L’autre n’a rien répondu, naturellement. Il avait le regard vague qui cherchait bien plus loin tandis que son corps restait droit comme un piquet. L’homme à ses côtés n’insistait pas : il avait peut-être compris que le silence offrait une belle réponse à ces quelques mots. Sauf que ce n’était pas une pièce de théâtre, c’était juste un port envahi par la nuit, c’était juste deux hommes qui bavardaient et qui attendaient sans doutes que la lumière de la lune leur tombe dans les bras. L’homme s’est approché de l’autre, et lui a dit : “J’ai déconné. Je n’aurais pas dû débarquer chez vous l’autre soir.” L’autre ne disait toujours rien. Il semblait un peu indifférent à ce que l’homme lui disait, ou p...

L'écrivain du dictionnaire

Présentateur : “ Bienvenue à cette très franche émission littéraire qui concernera aujourd’hui les mots. Vous restez cois ? C’est normal ! S’agissant d’un domaine aussi large et précis à la fois, beaucoup le reste. Mais notre invité surprise, lui, a décidé d’y faire face. Je vous présente, le premier homme à avoir inventé et écrit le dictionnaire. Bienvenu monsieur Jean-Pierre Mémaux. " J.P Mémaux : “Bonjour. Je vais aujourd’hui vous parler de mon histoire.” Présentateur : Attendez ! Nos auditeurs attendent plus de… J.P Mémaux : “Tout a commencé un fameux matin de janvier… Il faisait froid, mais ce silence régnait bien plus fort encore dans le clan familial. Je suis issu d’une fratrie très nombreuse, nous étions 7, donc peu de temps pour s’occuper des enfants. Mon père passait un temps fou près de la cheminée à faire des mots croisés, à défaut d’en faire usage. Ma mère quant à elle, préférait s’occuper d’informations, que ce soit à la télévision ou dans les journaux,...

Le Loir et Le Raton

Après une dure journée de labeur, un raton laveur rentre dans son immeuble, et s’apprête à ouvrir, comme d’habitude, sa porte d’entrée, impatient de se faire un petit quelque chose à manger.  Le voisin, un grand loir qui passe juste à côté, salue d’un geste amical le raton-laveur tout en grimpant nonchalamment les escaliers.  Le raton-laveur le salue en retour, puis se retourne vers sa porte : malheureusement, le raton-laveur était bien loin d’imaginer que de nouvelles mésaventures viendraient, après cette journée, de nouveau le contrarier.  Un coup de clé ne suffit plus, la porte est bloquée.  Le raton-laveur réessaie, mais rien n’y fait.  Le loir qui, déjà sur son palier, s’apprête à rentrer, se retourne d’un coup, curieux de cette manifeste frustration chez son voisin le raton.  “Que se passe-t-il ?” Demande-t-il, toujours aussi cordial et subtil.  “Ma porte est bloquée” miaule le raton, “et ce n’est pas faute d’avoir essayé. La clé n’...